Art Actualité magazine-1992

Patrice de la Perrière

Rémi Bourquin a commencé par peindre des paysages qu'il structurait fortement par des axes centraux autour desquels il bâtissait ses compositions. Puis, petit à petit, les verrières et les cages s'imposent à lui comme représentant, à ses yeux, des microcosmes dans lesquels il pouvait à loisir contrôler et surtout ordonner, selon ses désirs ce qui s'y pas- sait.

Et si les paysages de ses débuts n'étaient pour lui que des décors, avec ses cages ou ses volières, il découvre un univers clos dans lequel il désire inclure la vie avec des personnages.

Mais pour Rémi Bourquin les êtres humains qui l'entourent sont quelquefois des intrus. Il préfère représenter des animaux grâce auxquels il crée des métaphores lui permettant de s'exprimer, de se livrer aux spectateurs sans pour au- tant se montrer lui-même.

Et s'il se raconte, ce n'est certes pas par narcissisme mais plutôt pour communiquer, pour tenter d'expliquer le pourquoi de sa peinture et le but de celle-ci.

Petit, Rémi Bourquin voulait être entomologiste et c'est peut-être cette vocation d'enfant qui le conduisit au fil des ans à faire une peinture dans laquelle on remarque une volonté certaine à classer, à ranger en catégories, à ordonner son univers selon des règles bien précises et ainsi à le contrôler.

Espaces à la fois clos et transparents, puisque à travers grillages ou barreaux la vie est perceptible par le spectateur, le contenu des cages de Rémi Bourquin est un peu comme notre esprit : difficile à percevoir même si l'on en appréhende l'enveloppe matérielle.
Mais l'entomologie, comme la peinture, n'est-il pas un moyen d'analyser et d'étudier les autres tout en se préservant dans une solitude qui paradoxalement est à la fois libératrice et entravante ?

J'aime particulièrement cette toile où l'on voit un hippopotame qui regarde le spectateur. N'est-ce point là une façon de montrer un désir d'être seul mais face aux autres, face à ceux qui nous entourent ?

A la longue, on ne sait plus très bien lequel des deux, du spectateur ou de l'hippopotame, regarde l'autre !

Cette curieuse et passionnante relativité, on la retrouve tout au long des œuvres de Rémi Bourquin.
L'artiste, en règle générale, est un être paradoxal. Rémi Bourquin n'échappe pas à cette remarque.

Et s'il a un désir d'aller vers les autres, la difficulté qu'il peut avoir à entrer en communication avec autrui, pour échanger, fait qu'il se réfugie dans sa peinture pour pratiquer une sorte d'introspection, par animal interposé. Ses toiles sont alors autant de catalyseurs qui lui permettent à la fois de se comprendre et de nous offrir sincèrement et authentiquement une partie de lui-même.

Rémi Bourquin n'est surtout pas un peintre animalier ! L'animal lui permet simplement de raconter des sortes de paraboles, grâce auxquelles il nous est donné de percevoir et de ressentir l'humain sous ses formes les plus nuancées.

C'est peut-être pour cela qu'il est intéressé par ce qu'il appelle la compréhension totale, c'est-à-dire une voie permettant d'aller au centre des choses sans se perdre dans des fioritures superflues.

En fait c'est plus la démarche qui passionne Bourquin que le but, car le but n'est-il pas dépassé à partir du moment où la toile est achevée ?